Fatal (adjectif)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Adjectif 

(pl. Fatals

peu usité -, fatales )
XIV e siècle. Emprunté du latin fatalis, « du destin, prophétique, fixé par le destin, funeste, mortel », dérivé de fatum, « prédiction, destin, destin funeste », de fari, « parler, dire ».
1. Class. Relatif au destin. Les déesses es, les sœurs es, les Parques, qui filaient et coupaient le fil de la vie des hommes. Par affaibl. Qui semble fixé par le destin et doit nécessairement arriver. Le cours de notre vie. Sa ruine était e. Fam. Se dit d'une chose à laquelle on ne peut échapper. C'était !
2. Qui entraîne des conséquences décisives. L'instant où le sort se décide. Le moment où s'imposa le choix.
3. Qui est funeste. Une erreur e. Son ambition lui fut e. La bataille de Waterloo fut e à l'Empire. En parlant d'une personne. Un héros , marqué par un destin tragique, ou qui sème le malheur autour de lui. Beauté e, femme e, dont la séduction passe pour irrésistible et dangereuse.
4. Qui entraîne la mort. L'évolution e d'une maladie. On craignait une issue e. L'instant , le terme , où survient la mort. Il lui porta le coup . Fig. Cet évènement porta un coup à son crédit. La barque e, la barque dans laquelle les âmes des morts traversaient l'Achéron pour entrer dans les enfers.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Adjectif 

Qu'on ne peut éviter, qui doit arriver inévitablement, qui est fixé d'une manière irrévocable. "C'était . Loi e. Quand l'heure e est arrivée, a sonné. Rien ne peut reculer ce terme , le terme de notre vie." Son pluriel masculin "Fatals" est peu usité.
Poétiq., "La barque e," La barque dans laquelle les poètes grecs et romains ont supposé que les âmes des morts traversaient l'Achéron pour entrer dans les enfers.
Il signifie aussi Qui entraîne avec soi quelque suite d'événements importants, qui décide de quelque chose en bien ou en mal. "En ces es conjonctures. Voici l'instant fatal. Le moment qui doit me rendre à jamais heureux ou malheureux."
Il signifie encore Qui produit de grands malheurs, qui a des suites désastreuses. "Ambition e. Amour du repos. La bataille de Pharsale fut e à la république romaine. Sa beauté lui devint e. Cela peut causer au malade une révolution qui lui serait fatale. Cet événement porta le coup le plus , une atteinte e à son crédit."
Absolument, "Coup ," Coup par lequel on donne la mort à quelqu'un. "Il lui porta le coup ."



Dictionnaire d'Emile Littré

Adjectif 



 1   Qui porte avec soi une destinée irrévocable. Le tison de Méléagre.
BOSSUET: « Vint enfin le moment du festin de la reine [Esther], dont le favori [Aman] s'était tant enorgueilli »
RAC.: « Il [Hippolyte] a pour tout le sexe une haine e »
VOLT.: « Scylla, pour obliger Minos, coupa ce cheveu [de Nisus] et en fit présent à son amant »
    En ce sens, aujourd'hui, ne s'emploie que absolument ; mais, au XVIIe siècle, il comportait la préposition à et un complément.
MALH.: « La femme est une mer aux naufrages e »
MALH.: « Cette parole.... continua l'opinion qu'on avait, que l'Afrique était e à la gloire des Scipions »
VAUGEL.: « C'était une chose e à la race de Brutus de délivrer la république »
BALZ.: « Cette saison est e pour abattre les têtes qui paraissaient le plus au-dessus des autres »
     Acad. Observ. sur Vaugelas, p. 456: Quand on l'emploie dans cette signification, il faut que la phrase soit tournée fort clairement, comme celle-ci : Le nom des Scipions était à l'Afrique, pour dire, il était comme inévitable aux Africains d'être vaincus par les Scipions
    Terme d'antiquité romaine. Livre , livre sibyllin, recueil de prédictions.

 2   Marqué par le destin. L'instant .
RAC.: « Et par d'heureux exploits forçant la destinée, Trouveront d'Ilion la e journée »
VOLT.: « Tant de précautions contre mon jour Me rendraient méprisable et me défendraient mal »
    L'heure e, l'heure de la mort.
CORN.: « Le roi qui s'en souvint à son heure e »
RAC.: « La reine touche presque à son terme »
    La barque e, la barque dans laquelle le polythéisme raconte que les âmes des morts traversaient l'Achéron pour entrer dans les enfers.

 3   Qui entraîne avec soi quelque suite importante, en bien ou en mal. Le moment qui doit me rendre à jamais heureux ou malheureux.
MALH.: « Qui devait.... De ce accouplement Célébrer l'heureuse journée »

 4   Qui produit du mal, des malheurs.
CORN.: « Mais le voici ce bras à Rome si »
MOL.: « Le moindre amusement [retard] vous peut être »
BOILEAU: « Sans ce métier au repos de ma vie, Mes jours pleins de loisir couleraient sans envie »
RAC.: « Après m'être longtemps flatté que mon rival Trouverait à ses voeux quelque obstacle »
RAC.: « Et sa race toujours fut e à la vôtre »
LESAGE: « Leur résistance avait été e à une partie des gens d'Alvaro Ponce »
VOLT.: « Enfin, vaincue, entraînée, ne sachant où on la mène, elle se laisse conduire au souper »
VOLT.: « Un frisson la saisit, elle se soutenait à peine : ah ! madame, dit-elle à la e amie, vous m'avez perdue, vous me donnez la mort »
    Le coup , le coup qui donne la mort.

 5   Terme de commerce. Terme , le terme après lequel tout délai expire.

REMARQUE
    Fatal n'a point de pluriel. L'oreille repousse aujourd'hui fataux, qui se disait au XVIe siècle, et la grammaire repousse s.
BOURSAULT: « Boursault s'est moqué de cette contradiction : Ces bras te deviendront ou s ou fataux »
VOLT.: « Et Voltaire à sa suite : S'ils n'insèrent pas dans l'ouvrage les cartons nécessaires, je demanderai net la saisie des exemplaires fataux ou s Cependant des écrivains n'ont pas été découragés par cet arrêt, et ont dit s, qui est en effet la forme la moins désagréable, et que l'Académie inscrit en disant qu'il est peu usité. »
DUCIS: « ....L'ambition, l'amour, Par de s excès ont troublé cette cour »
LEMERC.: « Leurs États l'un par l'autre avec soin limités Furent des lots s trop tôt ensanglantés »

SYNONYME
    FATAL, FUNESTE. Étymologiquement, exprime ce qui est réglé par l'irrévocable destin ; funeste, ce qui est funéraire, funèbre. Ce n'est donc que secondairement que a le sens de funeste, et alors il s'en distingue parce qu'il porte toujours en soi l'idée de la ité.

HISTORIQUE
    XVIème siècle
D'AUB.: « Comme les lieux sont fataux »
PONTUS DE TYART: « Les ans climateriques seroient fataux »
PASQUIER: « Le jour de la Pentecoste fut deux fois au roy Henri III, eleu roi de Pologne ce jourlà en 1573, et devenu roi de France le mesme jour »

ÉTYMOLOGIE
    Lat. is, de fatum, destin, proprement ce qui est dit, prononcé, de fari, dire (voy. FABLE).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    FATAL. Ajoutez : - HIST. XIVème siècle
BERCHEURE: « La discipline etrusque ainsi est et a esté baillée en leur livres fataux, que... »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Adjectif 


Qui porte avec soi une destinée inévitable. "Le cheveu de Nisus. Le dard de Céphale. Le tison de Méléagre."
Il signifie également, Qu'on ne peut éviter, ou qui est arrêté, fixé d'une manière irrévocable. "Loi e. Décret . Arrêt . Sentence e. Quand l'heure e est arrivée, a sonné. Rien ne peut reculer ce terme , le terme de notre vie." Il fait au pluriel masculin "Fatals," qui est peu usité.
En termes de Jurispr. et d'Administration, "Terme ," Terme après lequel on n'a plus aucun délai à espérer. "Le terme est expiré. Il laissa passer le terme ."
Poétiq., "La barque e," La barque dans laquelle les anciens poëtes ont supposé que les âmes des morts traversaient l'Achéron pour entrer dans les enfers.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Qui entraîne avec soi quelque suite d'événements importants, qui décide de quelque chose en bien ou en mal. "En ces es conjonctures. Voici l'instant . Le moment qui doit me rendre à jamais heureux ou malheureux."
Il signifie encore, Funeste, désastreux, qui produit de grands malheurs, qui a des suites malheureuses. "Ambition e. Amour au repos. La bataille de Pharsale fut e à la république romaine. Sa beauté lui devint e. Ce lieu où tant de gens ont péri. Cela peut causer au malade une révolution qui lui serait e. Depuis cette e époque. Cet événement porta le coup le plus , une atteinte e à son crédit."
Absol., "Le coup ," Coup par lequel on donne la mort à quelqu'un. "Il lui porta le coup . Le combat où il reçut le coup ."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Adjectif 


Il n'a point de pluriel au masculin. Qui porte avec soi une destinée inévitable. "Le cheveu de Nisus. Le dard de Céphale. Le tison de Méléagre. Loi e. Décret . Arrêt . Quand l'heure fatale est arrivée."
Il signifie aussi, Qui entraîne avec soi quelque suite d'événemens importans, qui décide de quelque chose en bien ou en mal. "Dans la plupart des affaires, il y a un moment . Le terme pour le retrait est l'an et jour."
Il signifie aussi, Funeste, qui produit de grands malheurs, qui a des suites malheureuses. "Ambition e. Amour au repos. La bataille de Pharsale fut e à la République Romaine. Le nom des Scipions étoit à l'Afrique."



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Adjectif 


Il n'a point de pluriel au masculin. Qui porte avec soi une destinée inévitable. "Le cheveu de Nisus. Le dard de Céphale. Le tison de Méléagre. Loi e. Décret . Arrêt . Quand l'heure e est arrivée."
Il signifie aussi, Qui entraîne avec soi quelque suite d'événemens importans, qui décide de quelque chose en bien ou en mal. "Dans la plupart des affaires, il y a un moment . Le terme pour le retrait est l'an & jour."
Il signifie aussi, Funeste, qui produit de grands malheurs, qui a des suites malheureuses. "Ambition e. Amour au repos. La bataille de Pharsale fut e à la République Romaine. Le nom des Scipions étoit à l'Afrique."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ALE, adj. FATALEMENT, adv. [3e "e" muet.] "Fatal" n'a point de pluriel masculin. On ne dit ni "fatals", ni "fataux". = Cet adjectif ne se prend plus qu'en mauvaise part; et dans le sens de "malheureux", "funeste". Aûtrefois on lui donait le sens de "chôse ordonée par la destinée", heureûse ou malheureûse. Ainsi, "Malherbe" a dit "dans le acouplement", en parlant d'un mariage heureux";" et en parlant de Louis "XIII".
   Par "sa e main", qui vengera nos pertes.
Et un aûtre Écrivain. 'C'étoit une chose "fatale à" la race de Brutus, de délivrer la République. "Ménage" en raporte plusieurs aûtres exemples, sans les désaprouver. Depuis lors l'usage a changé.
   "Fatal", "funeste", (synon.) Ils signifient également une chôse triste et malheureûse; mais le premier est plus un éfet du sort, et le second est plus une suite du crime. 'Les gens de guerre sont en danger de finir leurs jours d'une manière "fatale", et les scélérats, d'une manière "funeste".
- Ces mots ont souvent un sens augural; c'est-à-dire, qu'on s'en sert pour marquer quelque chôse "qui anonce" un fâcheux évènement, ou "qui en est l'ocasion". Alors "fatal" ne désigne qu'une certaine combinaison dans les causes inconûes, qui empêche que rien ne réussisse, et fait toujours arriver le mal plutôt que le bien. "Funeste" présage des accidens plus grands, plus acablans, soit pour la vie, soit pour l' honeur. 'La galanterie a fait la fortune des uns, et est devenûe "fatale" aux aûtres. 'Toute liaison nouée par le vice est "funeste". Gir. "Synon."
   FATAL peut se placer devant ou après le nom qu'il modifie. C'est au goût et à l'oreille à lui assigner sa place dans la construction. '"Fatal" évènement, évènement "fatal".
   Deux fois le ciel voulut que ces "fatales" plaines
   S'engraissassent du sang des Légions Romaines.
       De Lille.
  FATALEMENT, par ité, par un malheur extraordinaire. 'Il arriva "fatalement" que, etc.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Adjectif 


Qui porte avec soy une destinée inévitable. "Le cheveu de Nisus. le dard de Cephale. le tison de Meleagre. le nom des Scipions estoit à l'Afrique. sort . destin fatal. loy e. decret . arrest . son instant fatal. le jour ".




Emplacement dans le dictionnaire :

faste
fastes
fastidieusement
fastidieux
fastigié
fastique
fastueusement
fastueux
fat

fatalement
fatalité
fatidique
fatidiquement
fatigant
fatigue
fatigué
fatiguer
fatras
fatrasser
fatuité




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...était plus répugnante, après cette bonne période de paix honnête, pendant laquelle il avait entrevu et compris une vie plus haute ; ce retour de misère lui paraissait quelque chose de décisif et de fatal. à ce moment, il s'aperçut qu'il était couvert de poussière, de boue, de souillures immondes, et il commença de s'épousseter, en redressant sa tête, qui s'animait peu à peu, à ce réveil, d'une...


Citation n°2 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...(hormis les exceptions que l'on sait). Or, le désaccord n'a cessé de s'aggraver entre l'écriture et la parole ; l'une est restée à peu près fixe, l'autre s'est modifiée assez profondément par le fatal affaiblissement des voyelles et l'assourdissement prévu des consonnes. Mais on ne lit pas que par les yeux ; on lit par les oreilles, on lit avec le souvenir de la parole et surtout les vers...


Citation n°3 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...la reverrait donc plus, puisque décidément on s'en allait, et qu'il ne lui restait guère que le temps de surveiller son bagage avant le souper. Dans les moments où l'on n'est plus séparé d'un terme fatal que par une heure qui se dissout, il arrive que l'on prenne tout à coup des résolutions insoupçonnées. Pendant que le chevalier gravissait ces marches, à l'instant précis où son oeil se fixait sur...


Citation n°4 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...qui a empoisonné l'existence de tant d'âmes belles et libres, nées pour savourer l'idéal dans toute son infinité, et dont la vie s'est écoulée triste et oppressée sous l'étreinte de l'étau fatal ! Que de luttes elle m'a coûtées ! La première victoire philosophique de ma jeunesse fut de proclamer du fond de ma conscience : tout ce qui est de l'âme est sacré. Ce n'est donc pas une limite...


Citation n°5 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...décolorer la vie, et à détruire de beaux rêves ? Reconnaissons d'abord que s'il en est ainsi, c'est là un mal incurable, nécessaire, et dont il ne faut accuser personne. S'il y a quelque chose de fatal au monde, c'est la raison et la science. De murmurer contre elle et de perdre patience, il est mal à propos, et les orthodoxes sont vraiment plaisants dans leurs colères contre les libres penseurs,...


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